Assassinats de personnalités

Paris a été, au fil des siècles, le théâtre d'assassinats célèbres, dont certains ont changé le cours de l'Histoire. Souvent militants, parfois crapuleux, ils sont généralement le gestes de fanatiques ou de déséquilibrés. Et si la plupart d'entre eux ont été élucidés, certains gardent encore leur mystère et restent toujours inexpliqués.

TOUS LES LIEUX

En jaune, les lieux les plus intéressants

1Louis I d'Orléans

38, rue des Francs Bourgeois - 75003 Paris

Le 23 novembre 1407, à la nuit tombée, dans la vieille rue du Temple, Louis I d’Orléans - frère du roi - est assassiné par une dizaine d’hommes embusqués. Le meurtre a été soigneusement préparé par son rival pour le trône : Jean sans Peur, le nouveau duc de Bourgogne. En faisant éliminer son adversaire, Jean sans Peur déclenche une sanglante guerre civile entre les Armagnacs et les Bourguignons qui se terminera près de 30 ans plus tard par la signature du traité d'Arras (1435).

Les traces aujourd'hui sur place :
- une plaque posée sur le mur de la halle, au début de la rue du Marché des Blancs Manteaux.
- une impasse au 38, rue des Francs Bourgeois, où l'assassinat aurait été commis.

2Henri IV

8, rue de la Ferronnerie - 75001 Paris

Le 14 mai 1610, le roi quitte le Louvre pour rendre visite à son ami Sully dans sa résidence de l'Arsenal, à l'est de Paris. Son carrosse est bloqué, rue de la Ferronnerie, par une charrette de foin qui barre la rue. Les valets descendent du carrosse pour la faire écarter. Ravaillac, qui n'attendait que cela, se hisse sur un rayon de la roue. Il frappe le roi à la poitrine de plusieurs coups de couteau. Henri IV meurt presque sur le champ. Aussitôt maîtrisé, Ravaillac est traîné dans un hôtel voisin puis à la prison de la Conciergerie. Prestement jugé, en tant que régicide, il est écartelé en place de Grève (l'actuelle place de l'Hôtel de ville).
Une dalle au sol et une plaque sur le mur au dessus du porche rappellent cet événement.

3Marat

10, boulevard Montmartre - 75009 Paris

Le 13 juillet 1793, Charlotte Corday poignarde le tribun révolutionnaire Jean-Paul Marat dans sa baignoire où il soignait un eczéma généralisé. Sa meurtrière est une Normande de petite noblesse de 25 ans, arrière-petite-fille de Corneille. Elle espère, à l'image des héroïnes antiques, faire oeuvre utile en éliminant Marat, quitte à sacrifier aussi sa jeune vie. Mais son geste n'aura d'autre effet que d'amplifier la Terreur. Elle-même est guillotinée le 17 juillet 1793 sur la place de la Révolution, aujourd'hui place de la Concorde.

La scène s'est déroulée à l'emplacement de l'actuelle rue de l'école de Médecine, dans le Vème arrondissement.
Le mieux pour s'en faire une idée est d'aller au musée Grévin, où on peut voir les statues de cire des deux protagonistes lors de l'assassinat, et la vraie baignoire dans laquelle est mort Marat.

4Duc de Berry

58, rue de Richelieu - 75002 Paris

Le 13 février 1820, le duc de Berry - neveu du vieux roi Louis XVIII - s'écroule sur les marches de l'Opéra, rue de Richelieu, à Paris. Il vient d'être frappé d'un coup de couteau par un ouvrier, Louis Louvel. Il est la seule personne susceptible de donner un héritier à la famille royale. L'assassin est un républicain fanatique qui a voulu éteindre par son geste la dynastie des Bourbons. Son crime suscite une émotion immense. Très vite, on apprend que l'épouse du duc de Berry est enceinte. Le 29 septembre, elle donne le jour à un fils, Henri.
Louvel est condamné à mort. Suite à ce drame, l’opéra de la rue de Richelieu est détruit et remplacé en 1836 par le square Louvois.

5Marie-Dominique Sibour

Place Sainte-Geneviève - 75005 Paris

Le 3 janvier 1857 à 17h, l'église Saint-Etienne-du-Mont est pleine à craquer : les Parisiens sont venus en masse pour suivre les fêtes en l'honneur de sainte Geneviève. Alors que l'archevêque de Paris, Marie-Dominique Sibour, bénit les fidèles, un homme l'attrape et le frappe d’un violent coup de poignard. Le meurtrier s'appelle Jean-Louis Verger, et se déclare "prêtre interdit du diocèse de Meaux". Après un procès expéditif, Verger est condamné à mort 15 jours après son crime, et exécuté.
On trouve trace de cet épisode par une dalle commémorative au sol, dans le bas de l'allée centrale.

Avant sa mort, l'archevêque avait eu le temps de bénir et consacrer les cloches de Notre-Dame, qui portent la marque de son nom.

6Jean Jaurès

19, rue du Croissant - 75002 Paris

Le soir du 31 juillet 1914, Jean Jaurès est tué d'un coup de revolver dans le café du Croissant, rue Montmartre, alors qu'il dîne avec deux collaborateurs. L'assassinat de celui qu'on surnommait « l'apôtre de la paix » ruine l'ultime espoir d'éviter la guerre généraleL'assassin est un déséquilibré de 29 ans, du nom de Raoul Villain, nationaliste passionné. Son procès est reporté à la fin de la guerre, et il y est finalement acquitté. Il sera lui-même assassiné au terme d'une vie errante, en Espagne en 1936. Jaurès reposera au Panthéon.
Dans le café du Croissant, plusieurs souvenirs de cet événement sont exposés dans une vitrine, non loin d'une plaque commémorative au sol et d'une autre en façade.

7Symon Petlura

3, boulevard Edgar Quinet - 75014 Paris

Le 25 mai 1926, Symon Petlura  - président d'Ukraine depuis le 11 février 1919 - est assassiné au 2, rue Racine par un militant révolutionnaire, Samuel Schwartzbard, qui veut venger les Juifs d’Ukraine massacrés lors des pogroms de 1919, dont il juge Petlura responsable. Le procès fait apparaître l'implication d'autorités soviétiques, et Schwartzbardt est finalement acquitté.
Symon Petlura est enterré au cimetière du Montparnasse - Division 11, à la limite de la division 10.

8Paul Doumer

320, rue Lecourbe - 75015 Paris

Le 6 mai 1932, le président de la République Paul Doumer, élu moins d'un an plus tôt, se rend à l'hôtel Salomon de Rothschild - au 11, rue Berryer - afin d'inaugurer une grande exposition consacrée aux écrivains de la Grande Guerre. Soudain, plusieurs coups de feu retentissent. Paul Doumer s'effondre. Son agresseur, Paul Gorgulov, est un médecin russe qui déclare se venger de la France, qui n'a pas voulu intervenir en Russie contre les bolchéviques. Il est condamné à mort et guillotiné à la prison de la Santé.
Paul Doumer est inhumé au cimetière de Vaugirard, dans la division 13, au fond à gauche en suivant l'allée centrale.

9Alfons Moser

3, boulevard Barbès - 75018 Paris

Le 21 août 1941, Pierre Georges - dit "Frédo" (plus tard le "colonel Fabien") - commet le premier attentat contre les troupes d'occupation. Il donne rendez-vous à ses camarades à 8h à la station Barbès-Rochechouart. De deux balles, Frédo abat un militaire de la Kriegsmarine qu'il pense être un officier. Lui et ses camarades prennent aussitôt la fuite.
Le militaire est en fait un simple 
aspirant - Alfons Moser - auxiliaire d'intendance, employé à la caisse d'épargne de BadenBaden, père de deux petites filles, et vaguement antimilitariste. Il avait été mobilisé en 1939.
Près de 20 000 soldats allemands sont engagés dans la recherche des auteurs de l'attentat, qui ne seront jamais identifiés.
Un plaque commémorative est apposée sur un pilier du métro, à gauche des escaliers.

10Philippe Henriot

10, rue de Solferino - 75007 Paris

Le 28 juin 1944, à 5 h 30 du matin, Charles Gonard - dit Morlot, futur Compagnon de la Libération - pénètre au ministère de l’Information, 
au 10 de la rue de Solférino, accompagné d’un groupe de résistants dans le but de supprimer Philippe Henriot. 
Muni de faux papiers de milicien, il convainc ce dernier de lui ouvrir la porte de sa chambre. Après un bref combat, Henriot est abattu. La voix de Vichy s'est tue.
Philippe Henriot était secrétaire d’État de l’Information et de la Propagande depuis janvier 1944. Anticommuniste, anti-maçon et antiparlementaire, il était aussi un ardent partisan de la Collaboration et de la de la Révolution nationale prônée par Pétain. Brillant orateur et propagandiste ardent, il avait été condamné à mort par la Résistance, qu'il prenait régulièrement à partie.

En mesure de représailles à son assassinat, Georges Mandel sera exécuté par la Milice.
Philippe Henriot aura droit à des obsèques nationales, organisées par l’État français à la cathédrale Notre-Dame, en présence d’une foule importante. L'avenue du Président Wilson, près du Trocadéro, sera même débaptisée le 14 juillet et deviendra, pour quelques semaines, l'avenue Philippe-Henriot.

11Jean de Broglie

2, rue des Dardanelles - 75017 Paris

Jean de Broglie est assassiné le 24 décembre 1976 en sortant du domicile de Pierre de Varga, son conseiller fiscal, financier au passé sulfureux. Très rapidement, le ministre de l’Intérieur Michel Poniatowski annonce le mobile officiel du meurtre : une histoire de prêt entre Jean de Broglie et de Varga. Ces explications apparaissent pourtant bien légères, surtout quand on apprend que la PJ était informée, bien avant le 24 décembre, de l'imminence d'un attentat contre Jean de Broglie.
Ce crime reste un des plus mystérieux de la Ve République. Toujours pas élucidé à ce jour.

12Joseph Fontanet

36, boulevard Emile Augier - 75016 Paris

Le 31 janvier 1980, vers minuit, un coup de feu retentit au 36, boulevard Emile Augier. Joseph Fontanet s’effondre, au pied de son immeuble, la tête sur le trottoir, le corps entre deux voitures. Il a été plusieurs fois ministre sous De Gaulle et Pompidou. Faute de pistes, les hypothèses les plus diverses circulent.
Dans les années 1990, le commissaire de police qui avait suivi l'affaire mentionnera qu'un détenu s'était vanté en prison auprès de son codétenu d'avoir abattu Joseph Fontanet alors qu'il était mis au défi par sa bande de tuer un passant. Affirmation invérifiable, puisque le détenu en question s'est suicidé en 1983. A ce jour, le mystère reste entier.

Le lieu - il faut le dire - a un côté lugubre : désert, un peu inquiétant avec la voie ferrée en contrebas...

13Georges Besse

16, boulevard Edgar Quinet - 75014 Paris

Le 17 novembre 1986, Georges Besse, PDG de la Régie Renault depuis janvier 1985, est assassiné par deux femmes en rentrant chez lui, dans le 14e arrondissement. Le lendemain, le meurtre est revendiqué par Action Directe - commando Pierre Overney, du nom d'un militant maoïste tué par un vigile de Renault en 1972. 

Le 21 février 1987, après d'intenses recherches, les 4 membres historiques d'Action Directe - Jean-Marc Rouillan, Nathalie Ménigon, Joëlle Aubron et Georges Cipriani - sont arrêtés dans une ferme isolée de Vitry-aux-Loges dans le Loiret. Ils seront condamnés à la prison à perpétuité.

Aujourd'hui, une petite allée à l'extrémité du boulevard Edgard Quinet, côté boulevard Raspail, porte le nom de Georges Besse.

14Malik Oussekine

20, rue Monsieur le Prince - 75006 Paris

Dans la nuit du 6 au 7 décembre 1986, en marge d'une manifestation d'étudiants et de lycéens qui dénoncent le projet de loi Devaquet instaurant la sélection à l’entrée de l’université, Malik Oussekine, 22 ans, est matraqué jusque dans le hall d’un immeuble où il s’est réfugié, par deux policiers du Peloton des Voltigeurs Motoportés (PVM) - bridages mobiles imaginées par Charles Pasqua et Robert Pandraud. Transporté à l'hôpital Cochin, il succombera à ses blessures.
Le lendemain, une manifestation en sa mémoire sera organisée. Michel Devaquet démissionnera et son projet de loi sera abandonné.
Une plaque sur le trottoir rappelle la mémoire de Malik Oussekine.

15René Bousquet

34, avenue Raphaël - 75016 Paris

René Bousquet est assassiné de cinq balles, le 8 juin 1993 à son domicile, par un déséquilibré, Christian Didier, qui voulait "tuer quelqu'un pour une cause juste". Avant d'être arrêté par la police, ce dernier convoque la presse pour expliquer son geste. Il sera condamné par la cour d'assises de Paris en novembre 1995 à dix ans de prison. Bousquet, lui, ne sera donc jamais jugé.
En face de son domicile s'étend la pelouse du Jardin du Ranelach où on peut flâner pour se changer les idées.

16Charlie Hebdo

10, rue Nicolas Appert - 75011 Paris

Le 7 janvier 2015, vers 11h30, les frères Chérif et Saïd Kouachi pénètrent dans le bâtiment abritant les locaux du journal, armés de fusils d’assaut. Après s'être fait indiquer l'étage et avoir obligé une salariée à leur ouvrir la porte sécurisée, ils assassinent onze personnes, dont sept membres de la rédaction. Ils sont tués deux jours plus tard au nord de Paris, à Dammartin-en-Goële, par les membres du GIGN alors qu'ils s'étaient retranchés dans une imprimerie.
Ces attentats vont déclencher une vive émotion dans le pays, et susciter une immense manifestation de soutien.

Juste à coté, rue Gaby Sylvia, on peut voir un ensemble de petites mosaïques représentant les victimes de l'attentat : Cabu, Charb, Wolinski, Tignous et Honoré. Elles ont été réalisées par le mosaïste Jérôme Gulon alias Morèje.

17Musée de la Préfecture de Police

4, rue de la Montagne Sainte Geneviève - 75005 Paris

Dans ce musée, créé en 1909 par le Préfet Louis Lépine (rendu célèbre par le concours des inventeurs), on peut retrouver des objets et pièces relatives aux affaires et assassinats célèbres perpétrés à Paris.
On trouve en particulier des documents et des illustrations sur les assassinats de Henri IV, Jaurès et Paul Doumer.

La visite du musée est gratuite.

2018-02-10 14:00:00